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Carlo Lamprecht

Portrait

Question de temps

Carlo Lamprecht tire son horlogère révérence. Le Président sortant de la Fondation du Grand Prix d’Horlogerie de Genève se dévoile.L’occasion de mieux connaître cette figure publique qui, de la politique à l’horlogerie, a toujours été au service de l’excellence.

-Par Joël A. Grandjean / Rédacteur en chef TàG Press +41

 

 

 

A l’heure où il cède sa Présidence du Grand Prix d’Horlogerie de Genève à Raymond Lorétan et à l’heure où le magazine Now Geneva se livre en ligne pour la première fois, Carlo Lamprecht évoque, avec émotion et sincérité, son rapport au temps et à la durée.

Un hommage mérité

Bardé de l’élégance d’un acteur hollywoodien, d’une affabilité à désarmer les teigneux ou les contradicteurs, cet ancien Conseiller d’Etat en charge de l’Economie s’est transformé en ministre plénipotentiaire d’un des secteurs les plus porteurs de la Suisse, l’horlogerie. Sans compter, il a mis au service de la branche la richesse de son réseau. Ainsi est-il parvenu à asseoir sur les rangs des spectateurs intervenants, un nombre croissant de visages politiques et même un Président de la Confédération.

Surtout, il a embarqué les montres d’avant et d’après le palmarès dans un parcours d’expositions internationales. Au travers de ces escales, il a prêché l’image de Genève et d’un tissu horloger helvétique dont le rayonnement dispose d’ancrages privilégiés dans les grandes capitales du monde.

Carlo Lamprecht c’était quand la première fois?

A vrai dire… je ne sais plus! Ce qui signifie que ce n’était pas une grande réussite…

Etes-vous toujours à l’heure?

Presque toujours! C’est un de mes principaux défauts d’ailleurs! Une perte de temps certes, car c‘est moi qui «poireaute» dans ma voiture le plus souvent où dans les environs pour ne pas arriver trop tôt et gêner mon interlocuteur. Mais parfois c’est très utile. Surtout si on s’est trompé d’adresse!

Quel est le pire retard dont vous vous souvenez, celui qui vous a le plus mis dans l’embarras?

Je n’ai pas de souvenirs particulier à évoquer dans ce sens    sauf, hélas, un rendez-vous manqué de deux heures avec un Conseiller d’Etat il n’y a pas si longtemps. Comme quoi tout arrive à qui sait attendre…

Existe-t-il un retard ou une avance qui vous a permis d’échapper au pire?

Je n’ai pas encore eu besoin de cette chance! Cette question, je la garde comme un joker hypothétique…

Existe-t-il un retard ou une avance qui vous a permis de vivre le meilleur? Souvenir d’un instant béni, d’un moment privilégié…
Ni retard, ni avance sur l’horaire mais un simple changement obligé à cause du «mauvais temps». Du siège arrière d’un scooter, aux CFF, de Nyon à Genève. J’y ai rencontré ma future épouse en 1958. Belle rencontre. Nous approchons les 60 ans de mariage.

Quel fut votre jour le plus long?

Le jour de mon élection au Conseil d’Etat! J’avais 62 ans et, à vrai dire, je n’y croyais pas trop… Comme quoi, dans la vie, tout peut arriver..

Hormis une montre ou un garde-temps, quel est le design que vous considérez comme le plus intemporel?

Le design qui marie harmonieusement le modernisme avec des valeurs et des traditions anciennes. Aussi bien pour l’architecture externe que pour celle d’intérieur.

Indiquez-moi la longitude et la latitude précise de votre lieu de naissance.

La latitude de la ville de Lugano, où je suis né, est de 46.0134 et la longitude de 8.955.

Citez-moi l’objet personnel que vous souhaiteriez soustraire à l’emprise du temps?

L’album dédié à ma famille de mes souvenirs les plus chers…

Quel est le type de chronophage, mangeur de votre précieux temps, que vous redoutez le plus?

La recherche d’un «perfectionnisme» qui la plupart du temps se révèle complètement inutile. Le mieux est l’ennemi du bien, comme disait l’autre. Mais qu’à cela ne tienne, j’avoue que j’ai de la peine à m’en défaire.

Si le temps vous était conté. Livre, proverbe, citation préférés?

«Vivre comme si on ne devait jamais mourir, mais essayer de se comporter comme si on allait disparaitre demain». Une citation dont j’ai oublié l’auteur.

Un proverbe du sud dit «Vous avez l’heure, nous avons le temps!». Commentaires?

Le temps est la denrée la plus précieuse pour l’être humain. Comme bien d’autres choses encore, même les plus puissants de ce monde ne peuvent l’acheter.

Quel est le livre que vous avez mis le plus de temps à lire, ou que vous n’avez jamais fini par exemple?

«Une brève histoire du temps, Du Big Bang aux trous noirs» de Stephen Hawking. Il me faudra l’éternité pour tout comprendre même si le livre a été écrit pour les non-initiés. Ceci dit, je ne désespère pas.

Votre premier souvenir se rapportant à une durée, de nature positive ou négative?

Une nuit d’angoisse interminable due à un conflit familial lorsque j’avais à peine dix ans.

Quels sont vos moments qui ne devraient jamais s’arrêter?

Ma vie de famille! Un peu sacrifiée au fil des nombreuses activités qu’il m’a été donné d’exercer. Rattraper le temps perdu dans ce domaine affectif et de partage, si important dans la vie de chacun d’entre nous.

S’il vous arrive de pleurer, quelle est la fois où vous pensiez ne jamais pouvoir vous arrêter?

Il m’est arrivé de pleurer! Oui, pleurer de joie ou de douleur… C’est un soulagement exceptionnel pour le corps et pour l’esprit. C’est naturellement bon! Rien ne sert de s’arrêter. L’émotion s’estompe d’elle-même. Il faut laisser faire!

Quelle différence faîtes-vous entre temps et éternité?

Le temps est constamment en mouvement. Nous n’avons donc d’emprise que sur le présent et il faut tout faire pour le valoriser. Le valoriser en s’appuyant sur les expériences du passé et en acceptant les nouveaux défis qu’il nous impose. Le futur, lui, est imprévisible. Raison de plus pour tenter de le bâtir sur des bases aussi solides que possible. L’éternité, la vie éternelle surtout, est basée sur des hypothèses invérifiables. Le temps et l’éternité ont une seule chose en commun: l’inconnu!

Votre première montre?

Si mes souvenirs sont bons il s’agissait d’une Eterna dans les années 1940-1950. Mon frère aîné étant horloger et travaillant dans une boutique à Lugano, avait pu l’obtenir à bon prix.

Si vous possédez plusieurs montres, quels rôles jouent-elles dans votre existence?

Je ne suis pas collectionneur. Combien de montres? Six à sept sans plus! Absolument «petites-aiguilles» si je me réfère à la terminologie d’une des catégories du GPHG. Utilitaire-chic si possible. Rien à voir avec ces merveilles que j’ai l’habitude d’admirer depuis les dix-sept ans que je fréquente le Grand Prix. L’une de celles-ci me tient particulièrement à cœur. Une Omega de poche des années 1920 qui a appartenu à mon père. Il avait gravé à l’intérieur du couvercle postérieur, de sa propre main, sa date de naissance, celle de son mariage avec ma mère, celles de la naissance de mon frère et la mienne. Tout une vie résumée en quelques chiffres…

La montre que vous aimeriez avoir le plus?

Si j’avais le privilège d’avoir le choix je serai bien mal pris pour en faire un. Je laisserais volontiers bénéficier mon épouse Anita d’une telle aubaine pour tout ce qu’elle m’a permis de réaliser dans ma vie, grâce à sa compréhension et à son soutien.

Privé d’indicateur horaire, quel serait l’objet que vous planteriez dans le sol, à la manière d’un cadran solaire, pour qu’il vous indique l’heure?

Mon putter de Golf! A placer sur la frontière franco-genevoise à proximité du CERN où j’ai travaillé durant plus de 15 ans. Ce putter m’a été offert par les élus du département de l’Ain lors d’une réception en mon honneur organisée à l’occasion de mon départ du Conseil d’Etat en 2005 et en vertu de mon engagement en faveur de la construction de la Région Franco-Valdo-Genevoise. Vivre ensemble malgré les frontières.