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Pierre Maudet

Portrait

©Niels Ackermann / Lundi13

©Niels Ackermann / Lundi13

L’homme politique au profil pluridisciplinaire, féru de travail nous livre son histoire, celle d’un engagement sur tous les fronts. 

Par Laëtitia Cadiou-Artal / NOW Geneva

Vous êtes Franco-Suisse, né en 1978 à Genève, vous sentez vous plus Suisse que Français ou gardez-vous le meilleur des deux ? Vous arrive-t-il de comparer les deux pays sur des sujets tels que le social, la santé, l’éducation, etc. ?

Je suis en effet binational, et fier de cette double appartenance, mais je me sens avant tout suisse, car né dans ce pays, y ayant effectué toutes mes études puis mon service militaire, et assumant des fonctions politiques qui m’amènent à le représenter très régulièrement, notamment dans des situations où les comparaisons sont souvent plutôt en sa faveur.

Quelles sont les valeurs que vous ont transmises vos parents ?

Mes parents m’ont inculqué des valeurs d’engagement et de responsabilité. Ils ont toujours insisté sur les notions de service à la collectivité et de poursuite du bien commun. J’ai été éduqué dans la foi protestante, avec tout ce que cela signifie par rapport à l’importance du travail bien fait et du goût de l’effort. Par ailleurs, ma famille politique promeut de longue date la liberté humaine et la justice sociale. Cela a aussi contribué à me forger.

Votre meilleur souvenir d’enfance, famille, lieu ?

J’ai eu une enfance dont je garde d’excellents souvenirs, pour l’essentiel partagés avec mon frère cadet, notamment dans mon environnement immédiat, au Parc Bertrand, un espace de verdure au cœur de la ville. J’ai de bons souvenirs de mon parcours scolaire aussi, qui m’a mené à une maturité classique (latin-grec) en 1997.

Votre lieu préféré à Genève ?

C’est difficile de répondre tant les lieux où je me sens bien sont nombreux à Genève, mais si je ne devais en retenir qu’un, ce serait sans doute l’île Rousseau. Cet endroit au cœur de la cité est magique : très végétal, entouré d’eau, il ouvre une perspective sur la rade tout en restant très calme. C’est l’endroit idéal pour s’extraire du tumulte sans devoir partir au loin.

© geneve.com

© geneve.com

Quel est votre modèle d’homme ou de femme politique, humaniste, ou autre?

J’ai toujours été impressionné par le Général Guillaume-Henri Dufour, qui fut l’un des Genevois les plus marquants du XIXe siècle: ingénieur, topographe, bâtisseur, créateur du drapeau suisse que nous connaissons aujourd’hui, inventeur de la Croix-Rouge, vainqueur de la guerre du Sonderbund en un temps record et avec un minimum de victimes. Pour moi, c’est un modèle d’engagement politique dans la mesure où il touche à tout et ne se cantonne pas dans une matière, mais n’oublie pas non plus de se montrer très pragmatique et concret.

Êtes-vous fan d’un sport et avez-vous le temps de le pratiquer ou, au moins, de le regarder à la télévision ?

Je suis les évolutions des équipes genevoises de hockey et de football et j’aime en général les sports d’équipe. Je n’en pratique pas moi-même, faute de temps. Je me contente de courir régulièrement, tôt en matinée, pour garder une activité physique et évacuer le stress.

Quel est votre ou vos livres de référence ?

Je suis un dévoreur de livres, quand mon activité professionnelle m’en laisse le temps et surtout la disponibilité d’esprit. Je suis très éclectique dans mes lectures et je lis aussi beaucoup de revues. S’agissant de mes références, je reste marqué par des lectures de jeunesse – que je relis à intervalles réguliers – telle que la Chartreuse de Parme, et par des ouvrages qui m’ont inspiré dans mon activité, tel que « St-Germain ou la négociation ».

Vous êtes très discret sur votre vie privée et pourtant j’ai la conviction que c’est en connaissant l’humain, son parcours personnel que l’on réussit à comprendre un homme politique pour lui faire confiance. Qu’en pensez-vous ?

Votre intuition est juste, car la confiance repose en général sur la connaissance globale d’une personnalité politique. Celle-ci doit toutefois veiller à protéger sa famille et sa sphère privée pour éviter qu’elle ne soit trop exposée. Il faut donc réaliser un arbitrage entre la légitime curiosité pour une personnalité publique et son environnement tout en tenant compte de sa non moins légitime aspiration à préserver son jardin privé. Ce n’est pas toujours facile…

Marié et trois enfants, comment concilier vie politique et vie de famille ? Une organisation bien ficelée ?

C’est assurément un défi quotidien, d’abord pour mon épouse qui assume l’essentiel de cette organisation. Mais c’est aussi une gageure pour moi de réussir à concilier les exigences d’une disponibilité quasi totale pour ma fonction, avec le souci de ne pas passer à côté d’une vie de famille que je perçois comme un véritable ressourcement.

Diplômé d’un master en droit à Fribourg, avec mention bilingue (fr/all) et droit européen. Quel était votre métier rêvé ? Politicien ?

Je ne crois pas qu’on puisse parler de « métier de politicien ». Si je me suis toujours projeté comme acteur du bien commun, avec l’envie de faire de la politique, je ne l’ai jamais conçu comme un « métier ». Elle ne s’apprend d’ailleurs pas dans le cadre d’une formation certifiée. J’ai donc choisi le droit parce qu’il me serait utile en toute circonstance, pas uniquement en politique. Et j’ai très vite choisi de ne pas pratiquer le barreau.

Votre mère est enseignante et votre père juriste. Quels ont été leurs points de vue lorsque vous avez voulu vous engager en politique ? Un soutien ou une recommandation à surtout ne pas prendre cette direction ? 

Mes parents m’ont toujours soutenu et encouragé, et je leur en sais gré.

Vous fondez le parlement des jeunes de la ville de Genève à 15 ans, quels sont vos souhaits ou rêves à ce moment-là ?

À cette époque, je ne pense pas encore à la politique partisane. Mon unique but est d’améliorer concrètement la situation des enfants et des jeunes à Genève, par des réalisations concrètes en leur faveur, telles que les Noctambus par exemple.

Quelles sont vos motivations ou convictions ? Ont-elles changé aujourd’hui ?

Ma motivation fondamentale, qui reste la même aujourd’hui, est la suivante : il vaut mieux participer que subir. Si l’on ne fait pas de politique, c’est elle qui vous fait. Autrement dit, il faut s’impliquer dans la vie de la société, dans le processus d’élaboration des décisions, car c’est là qu’on peut peser sur son destin et celui de ses concitoyennes et concitoyens.

S’engager en politique on pourrait dire que c’est comme s’engager en religion ? J’imagine que l’on a ses doutes, ses émotions mais aussi des combats et des victoires ?

Bien sûr. Même si je reste très attaché au caractère laïc de l’engagement politique, la comparaison est pertinente car il faut à mon sens un acte de foi pour vouloir se lancer en politique, et comprendre ensuite que cela relève du sacerdoce qui vous verra passer par tous les types d’émotions, positives et négatives. Bref, il faut y croire, sincèrement.

©Niels Ackermann / Lundi13

©Niels Ackermann / Lundi13

Selon vous quelles doivent être les qualités indéniables pour se lancer en politique ?

La difficulté n’est pas de se lancer mais de rester constant, car rien ne s’obtient facilement ou immédiatement. Je pense donc que la ténacité et la détermination sont des qualités vitales en la matière. Il faut aussi du courage et de l’audace, sinon on fait du sur-place.

Vous avez dû vous justifier sur votre bi-nationalité pour prendre le poste de Conseiller d’état et être prêt à sacrifier votre nationalité Française, vous trouvez cela normal aujourd’hui qu’avec l’Europe, l’espace Schengen l’on doive encore aujourd’hui se justifier à ce sujet ?

J’ai toujours considéré la diversité comme une valeur positive. Le fait d’avoir plusieurs appartenances est une richesse à condition de bien le gérer. Or j’ai le sentiment que Genève possède ce génie de valoriser cette diversité des appartenances. Plutôt que d’ériger l’une contre l’autre, on sait ici les additionner pour en faire autant d’atouts. À l’heure de la mondialisation, j’ai donc de la peine avec le retour des nationalismes étriqués.

J’admire votre détermination et pugnacité, vous ne lâchez rien, où puisez-vous vos ressources ?

Dans la conviction que mes combats sont justes, et qu’ils sont portés par celles et ceux qui, très nombreux, me témoignent au quotidien leur confiance et leur espérance.

Quels sont les bonheurs en politique ? Citez vos meilleurs moments et peut-être les pires ?

En toute circonstance, il faut se souvenir de cette fameuse maxime de Marcel Proust : « il n’y a pas de réussite facile ni d’échec définitif ». Les moments de bonheurs sont ceux par exemple ceux d’une élection réussie, voire – mieux ! – d’une réélection qui confirme ainsi l’appréciation positive du travail effectué. Les moments plus difficiles sont ceux d’un échec en votation ou de la multiplication des obstacles dans un projet, mais c’est alors qu’il faut redoubler d’effort et de détermination !

Vous êtes encore jeune politicien, quels sont vos projets ?

J’ai mené ces dernières années de nombreuses réformes structurelles : refonte de la voirie municipale, réorganisation de la police et des prisons, adaptation du dispositif des sapeurs-pompiers, ouverture du domaine des taxis, contrôle du marché du travail, libéralisation des cafés restaurants, etc. Je souhaite maintenant me concentrer sur les deux enjeux de société que sont le virage numérique et la transition environnementale.

Question un peu facile, mais si vous deviez recommencer demain un engagement en politique le feriez-vous ?

Sans aucune hésitation. Et avec le même enthousiasme et la même énergie !

Aujourd’hui, si l’on devait faire un bilan quel est selon vous votre plus beau résultat ?

Si je devais mettre en exergue une seule réalisation, j’en choisirais une qui a changé la vie de certaines personnes et qui a eu un impact symbolique très fort en 2017-2018 : l’opération Papyrus. Il s’agissait pour moi de régler le problème lancinant de milliers de travailleurs sans-papiers en situation irrégulière malgré une activité économique – au noir – durable à Genève. Dans une période peu propice à une action sur les questions de migration, j’ai pris le taureau par les cornes et trouvé une solution très pragmatique à ce problème majeur.

©Niels Ackermann / Lundi13

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Département du développement économique, une responsabilité et un enjeu majeur pour Genève, quelle direction allez-vous prendre ?

Genève est une place économique naturellement forte, car diversifiée dans ses composantes et très ouverte sur les marchés internationaux. L’enjeu majeur de ces prochaines années, c’est celui de sa croissance maîtrisée. Genève doit en effet gérer avec doigté sa dimension de ville internationale, son attractivité économique naturelle et son territoire exigu quand on le prend dans ses frontières politiques. La clé résidera dans sa capacité d’innover.

Que pouvons-nous vous souhaiter ?

De réussir à relever le défi de renouveler Genève dans sa vocation de cité au service de la Suisse et du monde, où l’on règle avec humanité les problèmes d’aujourd’hui et de demain.